Chapitre 3

Hommage à Rémi Fraisse à Toulouse, 26 octobre 2015

rassemblementfraisse-dss-630x0Il y a un an jour pour jour, on se rassemblait place du Capitole. Nous étions des centaines sous le choc, la place était bondée et débordante d’émotions fortes. Déjà, la colère…

Un an après, le même besoin, la même humilité, se recueillir, avec les autres, sentir l’espoir, ne pas se résigner. Parce-que nous n’avons pas oublié, nous ne le voulons pas, nous ne le pouvons pas.

Pourtant, nous étions bien moins nombreux cette année. Or, il nous semble que durant tous ces mois, malgré les innombrables « ni oubli, ni pardon » sur nos murs et nos banderoles, les milliers de personnes qui ont manifesté leur colère, les multiples actions menées contre les violences policières, « les enquêtes » sois-disant en cours … Aucun responsable n’a daigné rendre des comptes. Les armes de guerre sont toujours utilisées par la police.

Comme un air de déjà vu: « police partout, justice nulle part ».

Le rendez-vous était à 19h30. Dès l’après-midi, seule la police se préparait à l’hommage de Rémi. Stress sans les rue toulousaines: »que se passe-t-il ? Ça recommence ? » Tension palpable. A l’instar des manifestations de l’année dernière où des milliers de personnes se rassemblaient, les boulevards étaient bleus et blancs à perte de vue: fourgons, voitures, bus, grilles anti-émeutes, canons à eau… tout le matériel dont dispose la gendarmerie était prêt. Le ciel lui aussi mobilisé: les hélicoptères habituels qui coûtent des milliers d’euros par heure de vol.

Pourquoi un tel dispositif ? L’année dernière, on pouvait nous sortir l’excuse de la « violence » et des bris de vitrines « si dangereux »…. le maintien de l’ordre public comme ils disent. Mais hier, pourquoi ? Pour éviter quel désordre ?

Malgré une semaine sous pression, où nous mêmes avons faillit y croire, où la stratégie de la division aurait pu fonctionner……rien. Les nombreuses actions qui ont eu lieu tout le week-end, ont montré que personne ne voulait revivre cela. Ce n’était ni le but, ni le contexte. Malgré le spectacle grotesque du vendredi à Ramonville et le dispositif policier dans le Finistère où là aussi l’ambiance était sereine. Malgré l’acharnement à empêcher par tous les moyens un hommage sur Sivens le 25 octobre, nous nous sommes réunis dans le calme et la dignité tout le week-end. Lundi soir, émus et sensibles à la journée du 25 aucune tension parmi nous. Une centaine de personnes s’est rendue place du Capitole, calmement, pour montrer que l’on oublie pas, que nous sommes toujours là. Une fois encore, nous avons du faire preuve de patience et de tolérance face à un déploiement spectaculaire totalement injustifié. Beaucoup d’entre nous se sont fait contrôler non pas une mais trois fois ! Pour justifier le nombre de flics faut au moins tripler le nombre de contrôles par personne ! Ils n’ont pas fait semblant de nous fouiller au corps, confisquant tout ce qu’ils pouvaient même un bout de rubalise !

police-630x0De son côté, Le peuple a l’oeil avait envisagé de remettre de l’huile sur le feu. Afin de matérialiser sa colère,volonté de voir enfin un gouverne-ment qui assume ses actes odieux: une bougie pas comme les autres. Parce-que la flamme n’est pas éteinte. On ne la laissera rien ni personne l’éteindre. Il n’y a aucune raison que les « responsables » laissent pourrir la situation en attendant qu’on oubli et qu’on se calme, comme ils l’ont fait pour tant d’autres avant Rémi. On oubliera pas, on ne se calmera pas. Cette lampe à huile était absolument sans danger, elle ne pouvait pas prendre feu. « On s’en fout » nous ont ils répondu. Bien contents d’avoir saisi une bouteille en verre remplie de liquide jaune, ils ont confisqué ce trophée, nous laissant par contre une paire de ciseaux, une bombe de peinture, un masque et des foulards ! Des ordres toujours aussi censés…

Une fois le « sketch » terminé, nous avons pu nous rassembler avec des mots, des poèmes, des chansons…

Les tripes encore nouées, la colère a grandit, un an déjà et rien n’a avancé de leur côté...il va falloir leur rappeler plus souvent, plus fort.

201510271249-fullNi oubli, ni résignation.

Collectif Le Peuple a l’oeil